Le chiffre ADFGVX, et l'offensive allemande de 1918


Le contexte

  1918. Les armées allemandes et françaises sont exsangues. L'état-major français, dirigé par le maréchal Foch, redoute l'imminence d'une offensive massive de l'ennemi, qui enfoncerait les lignes de défense jusque Paris. Cinq points d'offensive sont possibles, mais les forces françaises de réserve ne permettent de se concentrer que sur un seul. Il est vital, pour l'issue de la guerre, de ne pas se tromper.

Le code

  Depuis mars 1918, l'armée allemande utilise un nouveau code pour communiquer, le chiffre ADFGVX, ou GEDEFU 18 (GEheimschrift DEr FUnker 18, chiffre des télégraphistes 18). Ce chiffre est constitué d'une substitution de type carré de Polybe, suivie d'une transposition. Pour réaliser la substitution, les 26 lettres de l'alphabet et les 10 chiffres sont rangés dans un tableau 6×6, aux extrémités desquelles on a ajouté les lettres ADFGVX.
A D F G V X
A Q Y A L S E
D Z C R X H 0
F F O 4 M 8 7
G 3 I T G U K
V P D 6 2 N V
X 1 5 J 9 W B
Chaque lettre est codé par le couple de lettres qui correspond à sa ligne et à sa colonne. Ainsi, R est codé DF, et le message RENFORT COMPIEGNE 16H10 devient :
DFAXV VFAFD DFGFD DFDFG VAGDA XGGVV AXXAV FDVXA DX
On choisit ensuite, pour faire la transposition, une clé qui est un mot courant, par exemple DEMAIN. On écrit le texte intermédiaire sous ce mot, puis on réordonne les colonnes par ordre alphabétique croissant :
D E M A I N
D F A X V V
F A F D D F
G F D D F G
V A G D A X
G G V V A X
X A V F D V
X A D X
A D E I M N
X D F V A V
D F A D F F
D G F F D G
D V A A G X
V G G A V X
F X A D V V
X X A D
Il ne reste plus qu'à relire le tableau de gauche à droite, et de haut en bas :
XDFVA VDFAD FFDGF FDGDV AAGXV GGAVX FXADV VXXAD
  Les lettres ADFGVX ont été choisies pour ce code car l'essentiel des télécommunications est transmis par radio, et les lettres ADFGVX ont des codes morses très différents. Les utiliser évites les confusions pendant la transmission.

Le travail des Français

  L'équipe française de cryptographie est particulièrement talentueuse au cours de la Première Guerre Mondiale. Dès le début des hostilités, la majorité des messages chiffrés allemands sont compris, mais malheureusement ces exploits sont gâchés par des indiscrétions dans la presse. Avec l'apparition du chiffre ADFGVX, la situation se complique sérieusement...

  Le cryptologue le plus doué de la Section du chiffre est le paléontologue Georges Painvin, ancien major de l'Ecole Poltechnique. Après un travail acharné, il parvient le 2 juin 1918 à déchiffrer les fameux messages allemands, dont un radiogramme à destination d'une unité située au nord de Compiègne (voir ci-contre). Le maréchal Foch est immédiatement averti des intentions de l'ennemi, et fait masser les troupes au lieu adéquat. L'assaut allemand a lieu le 9 juin 1918. Il est stoppé net. La dynamique de la victoire s'enclenche. Pas étonnant que ce message chiffré ait reçu le nom de Radiogramme de la Victoire.

 

Et encore, dans la cryptographie expliquée...


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